Grand Emprunt : Le renforcement des inégalités dans l’enseignement supérieur

Pour Nicolas Sarkozy, l'enseignement supérieur est « la clef de la compétitivité future ». Il met en avant les « chiffres in-con-tour-nables » tels que le budget l'enseignement supérieur en 2006 était équivalent à la moitié de celui des Etats-Unis, d'autant qu'entre 1995 et 2006, ce même budget n'avait cessé de diminuer. Autrement dit, M. Sarkozy stigmatise les précédents gouvernements, dont ceux dont il a fait pourtant partie.

La répartition des 11 milliards d'euros est la suivante :

  • 1,3 milliards pour le plan campus, dont le but est la rénovation de l'immobilier universitaire (universités et logements notamment). Rappelons qu'à l'origine, la vente des actions EDF devait intégralement financer les 5 milliards prévus à cet effet. Or, un cafouillage et une annonce anticipée a fait baisser le prix de l'action, et l'Etat n'a pu récolter que 3,7 milliards d'euros. Pour mémoire, ce sont 3,455 milliards d'euros qui ont été répartis à ce jour entre 15 campus sur 20 cités par le ministère (au 30 septembre 2009).
  • 1 milliard est intégralement dédié au Campus Saclay, la « Silicone Vallée » qui n'a pas bougé « d'un centimètre » depuis sa création. Le but est de réunir les écoles de Paris Tech, l'Ecole Centrale de Paris, l'ENS de Cachan et l'université de Paris XI. Le Campus Saclay a déjà reçu 800 millions d'euros du plan Campus.
  • Enfin, ce sont 8 milliards d'euros destinés à la dizaine de pôles d'excellence définis par l'Etat dans le but de « rivaliser avec les grands universités mondiales ». Le but est de faire émerger des ensembles dynamiques dont on attend qu'elles entraînent derrières elles d'autres pôles moins excellents. Le « processus de sélection » sera « rigoureux » avec peut-être une période probatoire, et les critères définis par un « Jury International ». A ce jour, nous ne connaissons pas la composition de ce dernier. Des conditions sont posées : être bien positionné pour une « excellence mondiale », être passé à la « nouvelle gouvernance », être autonome, mettre en place des « partenariats avec les entreprises » et obtenir des résultats. La dotation pourra atteindre un montant de 1 milliards d'euros, en propriété pleine. Lapsus ou réelle volonté, il a été question de doter « chacune » des universités sélectionnées, non des pôles. Leur utilisation :
  • Achat d'équipements de pointe ;
  • Assurer un Capital générateur de revenus, dans le but de bénéficier de fonds propres, afin que les ressources financières de universités ne soient pas soumises aux aléas budgétaires de l'Etat.

L'apprentissage se voit attribué 500 millions d'euros pour :

  • Hébergement des jeunes apprentis ;
  • Rénovation et mise aux normes des centres de formation ;
  • Achat d'Equipement de machines moderne de pointe.

Enfin, les internats d'excellence sont financés pour la création de 20 000 places supplémentaires (200 millions d'euros ?).

 

La Recherche est créditée de 8 milliards d'euros. Le but est de regrouper les efforts et décloisonner la recherche et l'économie. l'utilité est le développement des équipements, la « musculation » de pôles de compétitivité, avec un accent mis sur les biotechnologies et les nanotechnologies.

l'investissement pour diriger les laboratoires vers l'application industrielle se monte à 3,5 milliards d'euros. Le reste sert à doter en capital des sociétés de valorisation implantées sur de grands campus, comme en Alsace dans la Biotechnologie. Enfin, 2,5 milliards d'euros sont investis dans la Santé et la biotechnologie, dont seuls 5 Instituts Hospitaliers Universitaires verrons la couleur.

 

En conclusion, on constate pour les universités que la répartition n'a pas comme but une amélioration générale des conditions d'étude pour toutes les universités. On finance les mieux implantées au lieu de permettre une meilleure répartition territoriale des moyens. Dans le même temps, l'Etat prépare l'arrêt de son investissement budgétaire avec le conditionnement des dotations : investir sur les marchés financiers pour faire fructifier le capital des universités, ou plutôt des pôles d'excellence universitaire, qui deviennent du même coup des entreprises.

La recherche se voit donc imposée deux axes : vers des technologies de pointe en oubliant qu'elle englobe une multitude de branches pas forcément dirigées vers l'entreprise ; la même politique que pour les universités est appliquée, avec une dotation à investir sur les marchés financiers et la garantie de financement de quelques Instituts Hospitaliers. À ce stade là, une question s'impose : à quand la cotation en bourse ?

 

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